Sur un plateau de fromages, la croûte noire intrigue immédiatement. Elle évoque les caves froides, l’ardoise humide, les gestes précis du fromager qui retourne ses tommes semaine après semaine. Derrière cette couleur sombre se cachent pourtant des saveurs étonnamment variées, depuis la douceur beurrée d’une tomme des Pyrénées jusqu’au coup de tonnerre d’un brie noir longuement affiné.
Ces spécialités ne sont pas qu’une curiosité pour amateurs de sensations fortes : elles racontent un terroir, des choix d’affinage, une certaine idée de la gastronomie française qui ne craint pas de bousculer les codes.
Au fil des caves et des vitrines de crémier, cinq fromages à croûte noire se détachent par leur personnalité : la Montagne Noire à la cendre de hêtre, la tomme des Pyrénées noire, le brie noir, mais aussi quelques tommes plus confidentielles qui revisitent la pâte pressée au lait pasteurisé. Leur point commun ? Une apparence presque minérale qui protège une pâte souvent plus tendre qu’on ne l’imagine.
Servis avec une bonne charcuterie, un pain à croûte bien cuite ou une focaccia maison, ils transforment un simple apéro en vraie découverte sensorielle. Encore faut‑il savoir les choisir, les marier et les apprivoiser en cuisine.
En bref
- Cinq spécialités à croûte noire passées au crible : Montagne Noire, tomme des Pyrénées, brie noir et leurs cousines plus discrètes.
- Affinage et croûte noire : cendre de bois, traitements de surface, rôle de la croûte dans la texture et le goût.
- Terroirs et laits : lait cru, lait pasteurisé, vache, chèvre ou brebis, et ce que cela change en bouche.
- Accords mets‑vins et idées cuisine : plateaux, gratins, tartines, alliances avec pain et charcuterie.
- Points pratiques : conservation, valeurs nutritionnelles, lactose et petites précautions pour la dégustation.
Fromages à croûte noire et terroirs français : bien comprendre ce que l’on déguste
La première fois qu’un client de fromagerie se penche sur un fromage à croûte noire, la question tombe presque toujours : « On mange la croûte ou pas ? ».

Derrière cette simple interrogation se cache une réalité plus large : ces fromages ne sont pas un bloc uniforme, mais une famille qui puise dans plusieurs traditions françaises, de la montagne pyrénéenne aux plaines d’Île‑de‑France.
Pour y voir clair, il aide de replacer ces spécialités dans le grand paysage des fromages. Les Français les classent souvent par type de pâte : les pâtes fraîches sans croûte, les pâtes molles à croûte fleurie, les pâtes pressées et les pâtes persillées. Les fromages à croûte noire appartiennent le plus souvent à la catégorie des pâtes pressées, cuites ou non cuites. La pâte est donc égouttée puis pressée, ce qui donne une mie plus dense, régulière, et une très bonne tenue à la découpe.
Le noir, lui, vient d’ailleurs. On le doit soit à une cendre alimentaire, comme pour la Montagne Noire, soit à un traitement de surface appliqué pendant l’affinage sur certaines tommes des Pyrénées. Dans le cas du brie noir, la couleur brune puis quasiment noire n’est pas peinte : elle résulte d’un affinage poussé au long cours sur un brie de Meaux ou de Melun qui, à force de mois et de soins, voit sa croûte se tanner, se bosseler, se tacheter… jusqu’à virer au charbon.
Le lien au terroir reste décisif. Une tomme noire produite dans les Pyrénées n’a rien à voir avec une tomme habillée de cendre dans une région de plaine. L’alimentation des vaches ou des brebis, l’altitude, le climat des caves d’affinage façonnent la texture de la pâte, son humidité, la forme exacte des arômes. D’ailleurs, certains affineurs jouent de cette diversité : ils prolongent de quelques semaines un affinage prévu au départ pour une simple tomme « blanche », jusqu’à obtenir une croûte plus sombre et un goût nettement plus concentré.
On peut aussi regarder ces spécialités sous l’angle du lait. Nombre de fromages à croûte noire modernes sont élaborés à partir de lait de vache pasteurisé, qui rassure sur le plan sanitaire et permet une constance de production. C’est le cas de plusieurs tommes noires des Pyrénées disponibles en grande distribution. D’autres, comme la Montagne Noire au lait cru ou certains bries noirs artisanaux, misent sur une matière première plus vivante, avec un profil de goût moins « standardisé ».
Pour un amateur qui découvre, le plus simple reste de goûter ces fromages l’un après l’autre, à température ambiante, en commençant par le plus doux. Une tomme des Pyrénées jeune, par exemple, avant de passer à une Montagne Noire plus expressive, puis à un brie noir qui claque franchement. Le palais comprend alors que derrière une même croûte noire, l’éventail de sensations va du tendre au très corsé. C’est cette palette qui rend ces spécialités si addictives sur un plateau de dégustation.

Montagne Noire et tomme des Pyrénées noire : deux classiques de la croûte noire à connaître
Dans les caves d’affinage, deux silhouettes reviennent souvent dès qu’on parle de fromages à croûte noire : la Montagne Noire et la tomme des Pyrénées noire. Elles se ressemblent à distance, avec leur robe presque ardoise, mais racontent deux histoires assez différentes une fois sur la planche à découper.
Montagne Noire : une tomme cendrée qui sent la montagne
La Montagne Noire est une tomme de vache au lait cru, née en Occitanie dans un massif qui porte le même nom. Son look reconnaissable vient d’un geste précis : l’intégration de cendre de bois de hêtre dans la fabrication, qui va teinter la croûte, lui donner ce noir profond, légèrement gris par endroits. On ne parle pas d’une simple poudre décorative : cette cendre intervient au moulage, au moment où le caillé est mis en forme puis pressé.
Avant d’en arriver là, la fabrication suit un déroulé très cadré. Le lait, souvent issu de vaches de race Simmental élevées sur des prairies riches, est chauffé doucement autour de 32 à 34 °C. On y ajoute des ferments lactiques mésophiles qui vont commencer à l’acidifier, suivi d’un ajout de présure qui fait coaguler le tout. Le caillé ainsi formé est découpé minutieusement à la tranche‑caille, pour éviter de le déchirer et de perdre trop de matière.
Un chauffage vers 36‑39 °C et un brassage en douceur pendant une bonne demi‑heure participent à obtenir la texture souhaitée. Le pressage soude ensuite les grains entre eux, puis vient le salage, à la fois exhausteur de goût et garde‑fou microbiologique. À ce stade, la future Montagne Noire est déjà noire, mais encore très loin de son caractère final : il faudra plusieurs semaines d’affinage, avec des retournements et des brossages réguliers, pour qu’elle se muscle en bouche.
Résultat à la coupe : une pâte ivoire, assez souple, qui conjugue une apparente douceur et un vrai tempérament. On y trouve des notes de lait chaud, de noisette, mais aussi une pointe animale qui rappelle la ferme. Avec une pomme de terre vapeur, le mariage est redoutable : la neutralité de la chair de la pomme de terre laisse toute la place au fromage. Et pour le verre, un rouge léger, type Bourgogne peu tannique, fait ressortir les arômes sans écraser la finesse de la pâte.
Tomme des Pyrénées à croûte noire : un pilier des plateaux
La tomme des Pyrénées noire, elle, joue un tout autre rôle : celui du grand classique. On la trouve sur une bonne partie de la chaîne pyrénéenne, sous forme de meules au lait de vache, parfois complétées de lait de chèvre ou de brebis. Sa pâte pressée non cuite, de couleur ivoire à jaune pâle, présente de petits trous répartis régulièrement. La croûte noire, assez épaisse, protège ce cœur tendre des chocs et des dessèchements.
Historiquement, ce fromage est né dans les fermes de montagne, avec le lait des troupeaux du jour. Puis, au XIXe siècle, les fruitières ont pris le relais pour mutualiser le lait et produire des tommes plus régulières. Aujourd’hui, une partie de cette production se fait en grande laiterie, souvent avec lait pasteurisé, ce qui plaît à ceux qui cherchent des produits rassurants et faciles à conserver.
En bouche, la tomme noire des Pyrénées reste plus accessible que le brie noir. Sa texture est souple, parfois légèrement élastique, son goût lacté, avec des touches de beurre et de fruits secs. Bien affinée, elle gagne une pointe plus épicée, sans jamais tomber dans l’excès. C’est typiquement le fromage que l’on peut servir à des enfants sans les effrayer, tout en faisant plaisir aux adultes.
Sur le plan culinaire, elle est d’une polyvalence précieuse. En cubes dans une salade composée, fondue dans un gratin de pommes de terre ou déposée sur une tartine campagnarde avec jambon de pays et piment, elle tient très bien à la cuisson. Sa pâte pressée ne se liquéfie pas comme une raclette, mais fond en nappant légèrement, ce qui fonctionne très bien sur une pâte à pain croustillante. Pour ceux qui aiment travailler la pâte maison, l’idée d’une focaccia garnie de tomme noire et de légumes rôtis mérite un test, quitte à aller chercher l’inspiration dans une recette de focaccia façon Cyril Lignac.
Ces deux fromages posent un socle : une Montagne Noire plus typée, presque confidentielle, et une tomme des Pyrénées noire qui joue les couteaux suisses du plateau. À partir de là, le terrain est prêt pour les caractères plus extrêmes, à commencer par le brie noir.
Brie noir et autres pâtes noircies par l’affinage : quand la croûte raconte le temps
Si un fromage devait résumer la puissance de l’affinage, ce serait sans doute le brie noir. Rien que son aspect interpelle : croûte brun‑noir, sèche, bosselée, pâte brune un peu cassante. Pourtant, au départ, ce n’est qu’un brie de Meaux ou de Melun classique, à croûte fleurie blanche. La différence ? Des mois de cave supplémentaires, beaucoup de patience et un soin constant apporté à chaque meule.
Concrètement, un brie destiné à devenir noir reste sur claies 6 à 12 mois au lieu des quelques semaines habituelles. Pendant ce temps, l’humidité baisse, la croûte se tanne, les moisissures de surface évoluent, se tachent, foncent jusqu’à donner cette couleur presque ébène. Les affineurs retournent le fromage environ deux fois par mois et le brossent régulièrement pour éviter les excès de développement fongique. C’est ce temps long qui tasse les saveurs et renforce le caractère.
En bouche, le contraste avec un brie « standard » est total. La pâte, plus sèche, se casse presque au couteau. Les arômes montent très vite : fruits secs grillés, champignon, animal, une pointe d’amertume. C’est un fromage de fin de repas, que l’on sert en très fines lamelles, un peu comme un vieux Comté. Sur un plateau de fromages, il a tendance à voler la vedette aux autres, d’où l’intérêt de le placer en dernier dans l’ordre de dégustation.
Autour de ce brie noir emblématique gravitent d’autres projets de fromagers qui jouent avec la couleur sombre. Certaines petites laiteries proposent des tommes mi‑chèvre mi‑vache habillées d’une croûte noire, obtenue par traitement de surface, avec un cœur au lait de chèvre beaucoup plus doux. D’autres réinterprètent la croûte noire dans un format plus petit, type pavé, pour un usage à tartiner après un affinage plus court.
Ces variations posent une vraie question : jusqu’où pousser l’affinage sans perdre le plaisir ? D’expérience, il vaut mieux aborder le brie noir et ses cousins en petites quantités, avec un bon pain de campagne ou un pain au levain qui apporte une certaine fraîcheur en bouche. Une tranche trop épaisse fatigue vite le palais, surtout si le repas précédant était déjà bien chargé.
Pour le vin, deux écoles s’affrontent. Certains préfèrent un blanc légèrement moelleux, qui arrondit la puissance et offre un contraste intéressant. D’autres optent pour un vieux rouge, peu tannique mais aromatique, qui dialogue avec les notes de noix et de sous‑bois. Dans tous les cas, mieux vaut éviter les bulles trop vives ou les rosés trop fruités, qui créent un déséquilibre face à la force du fromage.
Ces fromages à croûte noircie par le temps rappellent une chose simple : en fromage, le noir n’est jamais juste une couleur. Il signale un rapport particulier au temps, une volonté d’aller chercher le bout du bout de ce qu’une pâte peut raconter. À condition d’y aller avec curiosité et mesure, ce sont des expériences qui marquent longtemps le souvenir gustatif.
Techniques de croûte noire, valeurs nutritionnelles et allergènes : ce qu’il faut savoir avant de servir
Avant de disposer fièrement une tomme à croûte noire sur un plateau, un petit détour par la technique et la nutrition ne fait pas de mal. Beaucoup de questions reviennent chez les amateurs : la croûte se mange‑t‑elle, quels sont les ingrédients utilisés, qu’en est‑il du lactose ou du sel ? Autant de points qui peuvent orienter le choix, surtout quand on sert des convives aux besoins variés.
Du côté de la fabrication, la plupart des fromages noirs modernes jouent la carte de la simplicité : lait de vache pasteurisé, sel, ferments lactiques, présure, parfois cendre de bois ou agent de croûte autorisé. La tomme des Pyrénées noire en est un bon exemple. La Montagne Noire, elle, repose sur un lait cru bio enrichi de cendre de hêtre. Dans tous les cas, les allergènes sont clairs : protéines de lait de vache, et parfois de chèvre ou de brebis pour les tommes mixtes.
Sur le plan nutritionnel, ces fromages appartiennent à la grande famille des pâtes pressées riches en protéines et en calcium. La teneur exacte varie selon l’affinage, la teneur en matière grasse et le type de lait, mais l’ordre de grandeur reste similaire à celui d’un Comté ou d’un Cantal. Plus le fromage est affiné, plus sa teneur en eau diminue, et plus les nutriments se concentrent dans la pâte. C’est aussi ce qui explique la montée en puissance du goût.
La question du lactose intéresse beaucoup de monde. Bonne nouvelle : les fromages à pâte pressée, surtout bien affinés, contiennent en général très peu de lactose. Une partie est consommée par les ferments pendant la fabrication, le reste s’élimine avec le petit-lait. De nombreuses personnes intolérantes supportent donc une portion raisonnable de tomme noire ou de brie noir, sans inconfort particulier. La tolérance reste individuelle, et en cas de doute, un avis médical reste la meilleure boussole.
Le sel mérite un regard plus attentif. Il joue un double rôle d’assaisonnement et de protecteur contre les mauvaises flores. Les fromagers surveillent finement sa quantité, mais un fromage à pâte pressée reste un produit salé. Pour quelqu’un qui suit un régime pauvre en sel, mieux vaut limiter les portions et privilégier les fromages plus jeunes, souvent un peu moins concentrés. La lecture de l’étiquette donne une indication rapide grâce au tableau des valeurs nutritionnelles.
Pour s’y retrouver, un petit tableau comparatif aide à visualiser les grandes lignes des principales spécialités citées :
| Fromage | Région | Type de lait | Type de pâte | Particularité de la croûte noire |
|---|---|---|---|---|
| Montagne Noire | Occitanie | Vache, lait cru | Pressée non cuite | Cendre de hêtre intégrée à la fabrication |
| Tomme des Pyrénées noire | Pyrénées | Vache, parfois mélanges | Pressée non cuite | Traitement de surface noir protecteur |
| Brie noir | Île‑de‑France | Vache | Molle fortement affinée | Croûte fleurie brunie puis noircie par l’affinage long |
| Tomme noire de chèvre ou mixte | Pyrénées, Ariège, autres | Chèvre ou chèvre/vache | Pressée | Croûte noire sur pâte claire, goût caprin plus doux |
Reste la fameuse question : peut‑on manger la croûte ? Sur une Montagne Noire ou une tomme des Pyrénées noire, elle est en général comestible, mais parfois plus dure ou plus amère. Certaines personnes préfèrent la retirer, surtout pour les enfants ou les femmes enceintes, par prudence vis‑à‑vis des agents de surface. Sur un brie noir, la croûte apporte une grande part du caractère, mais elle est aussi très puissante ; là encore, chacun dose selon son envie.
Au fond, l’essentiel est de savoir ce que l’on sert. Lire l’étiquette, poser une question au fromager, goûter un petit morceau de croûte seule avant de trancher, permet de décider en connaissance de cause. Et pour une table conviviale, rien n’interdit de proposer les deux options : tranches avec croûte pour les curieux, cœurs de pâte pour ceux qui préfèrent une expérience plus douce.
Accords gourmands : pain, charcuterie, vins et recettes du quotidien autour des fromages à croûte noire
Une Montagne Noire posée seule sur une assiette fait déjà son petit effet. Mais ces spécialités prennent une autre dimension dès qu’on les entoure correctement. Un bon pain, une charcuterie bien choisie, un verre adapté, et les textures comme les saveurs s’ouvrent d’un coup. C’est souvent là que les convives tombent amoureux de ces fromages qu’ils n’auraient peut‑être jamais achetés seuls.
Côté pain, les pâtes pressées à croûte noire adorent les croûtes bien marquées. Un pain de campagne au levain, une baguette tradition généreusement cuite, ou même une focaccia moelleuse légèrement huilée font des partenaires idéaux. La mie alvéolée absorbe le gras du fromage, la croûte croustillante apporte un contrepoint agréable à la pâte onctueuse ou plus cassante du brie noir. Pour ceux qui aiment mettre la main à la pâte, s’inspirer d’une focaccia maison, comme dans cette idée de focaccia aux accents méditerranéens, permet de créer une base parfaite pour des tartines au fromage noir.
La charcuterie ouvre un autre chapitre. Avec une tomme des Pyrénées noire, un jambon de montagne peu salé, des lardons rôtis ou un saucisson à l’ail bien sec restent de très bonnes options. La clef : éviter les produits trop épicés ou fumés qui feraient disparaître les nuances du fromage. Pour le brie noir, mieux vaut l’accompagner de choses plus simples : un peu de coppa fine, des noix, des lamelles de pomme ou de poire pour apporter de la fraîcheur.
Les vins suivent la même logique de respect du produit. Une tomme noire plutôt douce appelle un blanc sec un peu fruité, type chenin ou chardonnay non boisé, ou un rouge léger. La Montagne Noire, plus affirmée, apprécie les rouges souples, avec des tanins fondus. Quant au brie noir, il fonctionne souvent bien avec un vieux blanc ou un rouge évolué, dans lesquels on retrouve des échos de noix, de miel, de champignon.
Ces fromages se glissent sans difficulté dans la cuisine de tous les jours. Quelques pistes simples à tester :
- Gratin de pommes de terre à la tomme noire : remplacer la moitié du fromage râpé habituel par de la tomme des Pyrénées, pour un gratin plus parfumé mais toujours familial.
- Tartines chaudes Montagne Noire et oignons confits : sur des tranches de pain grillé, oignons doucement caramélisés, tranches fines de Montagne Noire, passage au four quelques minutes.
- Pizza blanche au brie noir : base crème légère, fines lamelles de brie noir, poire et noix, cuisson rapide à four très chaud.
- Salade tiède de légumes rôtis et tomme noire : courges, carottes, oignons rôtis puis parsemés de cubes de tomme juste avant de servir.
Chacune de ces idées montre que la croûte noire ne condamne pas le fromage au plateau solennel. Bien au contraire, elle se prête à une cuisine décontractée, du brunch au dîner, en passant par l’apéro dinatoire où tout le monde pioche à sa guise. À force de les cuisiner, ces fromages sortent du statut d’ovni pour devenir des alliés du quotidien, au même titre qu’un bon Comté ou une raclette.
Pour qui aime improviser, la règle peut être simple : partout où un fromage à pâte pressée fonctionne, une tomme à croûte noire peut s’inviter, en ajustant les quantités si elle est plus marquée. L’essentiel reste de goûter à cru avant de cuisiner, histoire d’adapter l’assaisonnement du plat autour de son intensité réelle.
Bien choisir, conserver et servir les fromages à croûte noire pour une dégustation réussie
Une fois convaincu par ces spécialités, reste une étape souvent sous‑estimée : l’art de les choisir et de les garder à la maison. Entre la tranche emballée en supermarché et la meule coupée à la demande chez un crémier, l’expérience peut changer du tout au tout. Quelques réflexes permettent d’éviter les mauvaises surprises.
Au moment de l’achat, le premier indicateur est visuel. Une tomme des Pyrénées noire doit présenter une croûte noire uniforme, sans tâches blanches suspectes ni zones collantes. La coupe doit montrer une pâte régulière, légèrement brillante, sans fissures majeures. Pour la Montagne Noire, la croûte cendrée peut paraître un peu plus irrégulière, mais la pâte doit rester ivoire, sans odeur piquante désagréable. Quant au brie noir, sa croûte tachetée, bosselée, presque austère fait partie du jeu ; c’est l’équilibre des arômes au nez qui compte.
L’emballage joue aussi un rôle clé. Le fromage aime respirer. Un papier fromager spécifique ou, à défaut, un papier sulfurisé légèrement doublé de film alimentaire, convient mieux que le plastique étanche. Au réfrigérateur, le bac à légumes offre un bon compromis entre fraîcheur et humidité. Sortir le fromage une bonne demi‑heure avant le service permet aux arômes de s’ouvrir. Un brie noir trop froid restera fermé, presque agressif en bouche, alors qu’à température ambiante ses notes se fondent.
Sur un plateau, la mise en scène compte. Varier les formes et les couleurs, même parmi les fromages à croûte noire, aide les convives à s’y retrouver. On peut par exemple proposer une tomme des Pyrénées noire, une Montagne Noire, et un petit morceau de brie noir, en les accompagnant de deux pains différents et de quelques fruits secs. L’ordre de dégustation va du plus doux au plus intense, avec un verre d’eau ou une bouchée de pain nature entre chaque, pour reposer le palais.
Pour celles et ceux qui aiment recevoir, une astuce fonctionne bien : pré‑découper une partie des fromages, surtout les plus intimidants. Des tranches fines de brie noir ou des cubes de tomme déjà prêts encouragent les invités à goûter, même les plus timides. Laisser une portion entière sur le plateau rappelle le produit d’origine et permet à ceux qui le souhaitent de se servir à nouveau.
Enfin, il y a la question des restes. Une tomme des Pyrénées qui traîne deux semaines au frigo ne se jette pas d’office. Si la croûte est encore saine et l’odeur agréable, elle fera un excellent fromage de cuisine pour gratins, quiches, tartes salées. Un brie noir un peu sec trouve une seconde vie râpé très finement sur des pâtes chaudes ou des légumes vapeur, où il remplacera avantageusement un parmesan.
En traitant ces fromages avec la même attention qu’un bon pain ou un bon vin, on prolonge leur vie et on multiplie les occasions de les explorer. Leur terroir, leur affinage, leur étrange croûte noire deviennent alors des compagnons familiers plutôt que des curiosités qu’on ne goûte qu’une fois.
Comment conserver au mieux un fromage à croûte noire à la maison ?
Le plus simple est de l’emballer dans un papier fromager ou, à défaut, dans un papier sulfurisé légèrement doublé de film alimentaire, puis de le placer dans le bac à légumes du réfrigérateur. Cette zone offre une température fraîche mais pas glacée, avec une humidité adaptée. Il vaut mieux éviter les boîtes hermétiques trop étanches qui favorisent la condensation. Avant la dégustation, sortez le fromage 30 à 45 minutes pour que les arômes se développent.
Peut-on manger sans risque la croûte noire de ces fromages ?
La croûte noire des tommes des Pyrénées et de la Montagne Noire est généralement comestible, mais sa texture plus ferme ou son amertume peuvent ne pas plaire à tout le monde. Certains traitements de surface étant utilisés, les personnes sensibles, les jeunes enfants ou les femmes enceintes peuvent choisir de la retirer par prudence. Pour le brie noir, la croûte concentre une grande partie du goût : mieux vaut la goûter en très petite quantité avant de décider de la garder ou non.
Ces fromages à croûte noire conviennent-ils aux personnes intolérantes au lactose ?
Comme beaucoup de fromages à pâte pressée, les tommes à croûte noire et même certains bries noirs contiennent généralement peu de lactose, car il est en grande partie consommé par les ferments et éliminé avec le petit-lait. De nombreuses personnes intolérantes les digèrent mieux que le lait. Toutefois, la tolérance reste individuelle : en cas d’intolérance marquée ou de pathologie digestive, mieux vaut demander conseil à un professionnel de santé et tester des quantités modestes.
Quel fromage à croûte noire conseiller pour une première dégustation ?
Pour une découverte en douceur, la tomme des Pyrénées à croûte noire est un excellent point de départ. Sa pâte souple et ses arômes lactés restent accessibles, tout en offrant une vraie personnalité. La Montagne Noire conviendra aux amateurs déjà familiers des tommes de montagne, tandis que le brie noir se réserve plutôt aux palais curieux qui aiment les fromages très affinés et puissants.
Comment intégrer facilement ces fromages dans la cuisine quotidienne ?
Ils remplacent sans difficulté un fromage à pâte pressée classique dans de nombreux plats : gratins de pommes de terre, tartes salées, quiches, croque-monsieur, pizzas maison. Leur bonne tenue à la chaleur et leur goût plus marqué permettent d’en utiliser un peu moins pour un résultat très parfumé. Une astuce simple consiste à garder les chutes et talons de tomme noire pour les râper et enrichir une sauce ou une purée de légumes.



